Résilience organisationnelle dans les PME et ETI
Note de recherche sept '26- La résilience organisationnelle ne se révèle pas seulement dans la crise. Elle se construit en amont, en rendant l’organisation plus lisible, en sécurisant ses dépendances et en préservant assez de marge pour continuer à décider et agir lorsque les conditions changent.
Par David Martinez — Fondateur Orvelan

Construire avant d’en avoir besoin. Les conditions pour rester capable d’agir.
Résumé
La résilience organisationnelle est souvent réduite à la capacité de tenir pendant une crise, puis de revenir à la normale. La littérature récente en propose une lecture plus large : une capacité qui se construit dans le temps, qui mobilise l’anticipation autant que la réaction, et qui permet à l’organisation de s’adapter lorsque ses conditions de fonctionnement changent.
Cette note s’appuie sur les travaux de Duchek (2020), Hillmann & Guenther (2021), Lengnick-Hall et al. (2011), Hollnagel et al. (2011) et Weick & Sutcliffe (2007), et en propose une lecture adaptée aux PME et ETI.
Chez Orvelan, nous définissons la résilience organisationnelle comme:
la capacité d’une organisation à conserver sa liberté d’action lorsque les conditions changent significativement.
Cette capacité peut naître de l’expérience d’une crise. Elle peut aussi se construire en amont : en identifiant les dépendances, en se préparant, en distribuant les capacités d’action, en recréant des marges. Mais on ne construit que ce que l’on voit. C’est pourquoi nous considérons la lisibilité organisationnelle non comme une dimension de la résilience, mais comme sa condition de construction.
Enfin, résilience et saisie d’opportunités ne se confondent pas. Pourtant, les capacités qui permettent d’absorber un choc sont souvent celles qui permettent de dire oui à une accélération.
Mots-clés : résilience organisationnelle, PME, ETI, lisibilité organisationnelle, dépendances humaines critiques, capacité organisationnelle, capacité d’absorption, marge organisationnelle, marge de manœuvre du dirigeant, anticipation, adaptation.
Statut de ce texte : une note de recherche appliquée. Le cadre présenté a été développé par Orvelan à partir de la littérature et de l’observation des PME et ETI. Il ne constitue pas une échelle de mesure validée.
1. Introduction
Pendant longtemps, la résilience organisationnelle s’est résumée à une image simple : une organisation subit un choc, en absorbe les conséquences, puis retrouve un fonctionnement satisfaisant.
Cette image reste juste. Elle est simplement incomplète.
La recherche en sciences de gestion a déplacé le regard. La résilience peut être étudiée comme un résultat, comme un processus ou comme un ensemble de capacités (Duchek, 2020). Elle se manifeste pendant et après la crise — mais une partie de ses conditions existe, et se construit, avant que la perturbation ne survienne.
Pour les PME et ETI, ce déplacement change beaucoup de choses.
Dans ces organisations, la vulnérabilité vient rarement d’un manque de compétence ou d’une mauvaise stratégie. Elle naît de caractéristiques ordinaires du fonctionnement : des décisions qui remontent toutes au même endroit, quelques personnes dont tout dépend, des savoirs jamais écrits, des interfaces qui tiennent grâce à des ajustements humains, des ressources tendues, un dirigeant absorbé par l’opérationnel.
Ces fragilités deviennent notamment visibles lorsqu’une PME franchit un cap organisationnel : le fonctionnement par proximité, connaissance mutuelle et ajustements informels qui soutenait jusque-là son agilité devient progressivement insuffisant à mesure que les dépendances et les interfaces se multiplient.
Quand l’environnement est stable, ces caractéristiques restent presque invisibles. Elles passent même souvent pour de l’efficacité. Quand les conditions changent, elles deviennent déterminantes.
La question utile n’est donc pas seulement :
L’entreprise résistera-t-elle au prochain choc ?
Elle est plutôt :
Lorsque ses conditions de fonctionnement changeront, l’organisation aura-t-elle encore assez de capacité d’action pour décider, se réorganiser et protéger ce qui doit l’être ?
C’est cette question que nous explorons ici.
2. Une notion riche, encore imparfaitement stabilisée
Hillmann & Guenther (2021) ont conduit une revue systématique de 126 références consacrées à la résilience organisationnelle. Leur constat est net : le concept s’est imposé en sciences de gestion, mais il reste marqué par une grande diversité de définitions — 71 définitions explicites, mobilisant 22 attributs différents — et par de réelles difficultés de mesure.
Les auteurs relèvent aussi des problèmes de frontière avec des notions voisines : flexibilité organisationnelle, capacité de changement, capacité d’adaptation, capacité à se protéger des perturbations. Et ils constatent qu’il n’existe pas encore de consensus sur les dimensions constitutives de la résilience, ni sur la manière de les mesurer.
C’est une limite pour la recherche. C’est aussi un enseignement pour la pratique : la résilience ne se réduit ni à un score unique, ni à une liste universelle de caractéristiques.
Pour une PME ou une ETI, l’enjeu n’est donc pas de savoir si elle est « résiliente » ou non. Il est de comprendre quelles capacités lui permettraient de continuer à agir le jour où son fonctionnement habituel ne suffira plus.
3. La résilience existe avant, pendant et après la perturbation
3.1 Duchek : anticiper, faire face, s’adapter
Stephanie Duchek (2020) propose de concevoir la résilience comme une méta-capacité organisationnelle, composée de capacités complémentaires mobilisées en trois étapes successives :
- l’anticipation : observer, identifier les évolutions critiques, se préparer ;
- le fait de faire face (coping) : accepter le problème, élaborer et mettre en œuvre des solutions ;
- l’adaptation : réfléchir, apprendre, changer.
L’apport est décisif : la résilience ne commence pas au moment où la crise éclate. Pour Duchek, les organisations résilientes ne répondent pas seulement au passé ou au présent. Elles agissent aussi en direction du futur.
Elle reprend à ce titre la notion de potentiel de résilience proposée par Somers (2009) : une résilience qui existe de manière latente, avant d’être effectivement mobilisée. L’anticipation construit ce potentiel. Faire face et s’adapter permettent de le réaliser.
Cette distinction fait apparaître deux chemins vers la résilience.
Le premier est expérientiel :
perturbation → réponse → apprentissage → adaptation.
L’organisation devient plus résiliente parce qu’elle a traversé une épreuve, découvert certaines de ses fragilités et modifié son fonctionnement.
Le second est anticipatif :
observation → identification des fragilités → préparation → développement de capacités.
L’organisation renforce son potentiel avant qu’un événement ne l’y oblige.
Duchek identifie enfin quatre conditions qui favorisent ces capacités, qu’elle formule comme des propositions à tester :
- la base de connaissances de l’organisation,
- la disponibilité des ressources, les ressources sociales, et
- un pouvoir fondé sur l’expertise plutôt que sur la position hiérarchique, avec des responsabilités partagées.
Pour Orvelan, ce point est particulièrement important dans les PME : lorsque toutes les décisions remontent au dirigeant, cette concentration peut réduire la capacité d’action de l’organisation. Cette lecture est centrale. Une entreprise n’a pas besoin d’attendre la crise pour découvrir ses fragilités. Elle peut choisir de les regarder avant.
3.2 Hollnagel : construire délibérément des capacités
La resilience engineering, dont les travaux sont notamment réunis par Hollnagel, Pariès, Woods et Wreathall (2011), va dans le même sens. Elle identifie quatre capacités essentielles :
- répondre à ce qui se produit ;
- surveiller ce qui est critique ;
- anticiper les menaces, mais aussi les opportunités ;
- apprendre de l’expérience, des échecs comme des réussites.
L’intérêt est concret : la résilience cesse d’être une qualité abstraite. Elle devient un ensemble de capacités que l’on peut examiner — et développer.
Elle ne consiste plus à espérer que l’organisation « saura se débrouiller ». Elle consiste à construire délibérément les conditions qui l’aideront à répondre le jour où une situation inhabituelle se présentera.
3.3 Lengnick-Hall : une résilience aussi humaine et cognitive
Lengnick-Hall, Beck & Lengnick-Hall (2011) considèrent eux aussi la résilience comme une capacité qui se construit — et, point important, qui peut se développer par la gestion des ressources humaines.
Ils en distinguent trois composantes :
- cognitive,
- comportementale et
- contextuelle.
Ensemble, elles permettent aux personnes et à l’organisation de répondre à des situations sévères, instables ou inattendues.
Pour les PME et ETI, la conséquence est directe. La résilience ne dépend pas seulement des plans de continuité, des procédures ou des systèmes techniques. Elle dépend de la manière dont l’organisation comprend ce qui lui arrive, fait circuler l’information, mobilise ses compétences — et autorise les bonnes personnes à agir.
4. Voir l’inattendu avant qu’il ne devienne ingérable
Weick & Sutcliffe (2007) ont étudié les organisations à haute fiabilité : celles qui opèrent dans des environnements complexes, où une petite défaillance peut avoir des conséquences graves. Certaines parviennent mieux que d’autres à empêcher qu’un événement inattendu ne devienne incontrôlable.
Les auteurs identifient cinq principes :
- l’attention portée aux défaillances, même mineures ;
- le refus des interprétations trop simples ;
- la sensibilité aux opérations réelles ;
- l’engagement envers la résilience ; et
- la capacité à confier la décision à l’expertise pertinente, où qu’elle se trouve, quand la situation l’exige.
Une idée en découle : une organisation devient vulnérable lorsqu’elle ne voit plus correctement ce qui se passe en son sein.
Dans les PME, ce risque prend une forme particulière. Quand le dirigeant concentre l’essentiel de l’information, des arbitrages et de l’interprétation, l’organisation gagne en vitesse et profite de son expérience. Mais cette concentration peut devenir une dépendance. Et si le dirigeant est lui-même saturé, c’est la capacité d’interprétation de toute l’organisation qui se dégrade — précisément au moment où elle est le plus nécessaire.
L’enjeu n’est donc pas seulement de disposer de plus d’informations. Il est de développer une capacité collective à repérer les signaux importants, à distinguer l’anomalie utile du bruit, et à mobiliser l’expertise disponible.
5. La proposition Orvelan : préserver la liberté d’action
Ces travaux convergent sur plusieurs points. La résilience est multidimensionnelle. Elle repose sur des capacités qui se construisent dans le temps. Elle ne se manifeste pas seulement après l’événement : elle comporte une dimension d’anticipation. Et elle mobilise autant l’organisation formelle que les comportements, les savoirs, les relations et la manière dont les décisions se prennent.
Ils ne fournissent pas pour autant de définition opérationnelle unique, ni de modèle validé applicable tel quel aux PME et ETI. Duchek souligne elle-même que l’on sait encore peu de choses sur la manière dont la résilience se construit concrètement. Hillmann & Guenther insistent sur les difficultés persistantes de conceptualisation et de mesure.
C’est dans cet espace qu’Orvelan situe son approche. Nous définissons la résilience organisationnelle comme :
la capacité d’une organisation à conserver sa liberté d’action lorsque les conditions changent significativement.
Conserver sa liberté d’action ne signifie pas maintenir à tout prix le fonctionnement habituel. Une entreprise résiliente peut devoir ralentir certaines activités, renoncer temporairement à un objectif, déplacer des ressources ou accepter une dégradation contrôlée de certaines performances.
L’enjeu est ailleurs : garder assez de capacités pour comprendre, décider, arbitrer, réallouer, protéger, adapter.
La résilience n’est donc pas l’absence de fragilité. C’est la capacité à empêcher qu’une fragilité ne retire brutalement à l’organisation toute possibilité de choix.
6. La lisibilité, condition préalable
Cette définition soulève une question simple. Comment une entreprise peut-elle renforcer sa résilience si elle ne voit pas clairement ses propres dépendances ?
Une organisation peut paraître solide tout en reposant sur des équilibres fragiles :
- une personne détient seule un savoir critique ;
- une fonction tient grâce à une relation informelle ;
- le dirigeant arbitre presque toutes les décisions importantes ;
- un manager absorbe en silence les dysfonctionnements entre deux services ;
- des années de croissance régulière ont consommé, sans bruit, toutes les marges.
Tant que l’environnement reste stable, ces dépendances se confondent avec de l’efficacité. Le problème apparaît quand les conditions changent.
Chez Orvelan, nous distinguons donc lisibilité organisationnelle et résilience organisationnelle. La lisibilité n’est pas une composante de plus de la résilience. Elle est la condition qui permet de la construire consciemment.
C’est une proposition de notre part. La littérature met surtout l’accent sur l’observation de l’environnement et sur la construction de sens face à l’inattendu. Nous portons le même regard vers l’intérieur : le fonctionnement réel de l’organisation, tel qu’il est, et non tel qu’il est décrit.
On ne sécurise que les dépendances que l’on a identifiées. On ne recrée de la marge que là où l’on a compris qu’elle avait disparu.
La littérature interroge largement la capacité de l’organisation à lire ce qui change autour d’elle. Orvelan pose une question complémentaire : l’organisation est-elle suffisamment lisible pour elle-même pour savoir où ce changement risque de la mettre en défaut ?
Une organisation lisible n’est pas automatiquement résiliente. Mais elle dispose d’une vision plus honnête de ses forces, de ses fragilités et de ses dépendances. Elle peut alors décider ce qu’elle veut sécuriser, accepter ou transformer.
Voir avant de préparer. Préparer avant d’avoir à agir.
7. Résilience et opportunité : une frontière à préciser
Dans un article consacré à la résilience, Orvelan défend une idée volontairement provocatrice : une organisation préparée à absorber l’inattendu est aussi mieux placée pour saisir certaines opportunités.
Cette idée mérite d’être formulée avec précision.
Saisir une opportunité n’est pas, en soi, une définition de la résilience. Duchek distingue explicitement la résilience de la flexibilité et de l’agilité, utiles pour les ajustements du quotidien, alors que la résilience joue face aux menaces et aux crises inattendues. Dans leur modèle intégratif final, Hillmann & Guenther placent la croissance et l’apprentissage en dehors du concept, comme des conséquences de la résilience plutôt que comme ses composantes. À l’inverse, Lengnick-Hall et al. (2011) y intègrent la capacité à tirer parti de surprises disruptives. La frontière reste donc discutée.
Mais certaines opportunités soumettent l’organisation à une contrainte très proche de celle d’une crise :
- un client stratégique propose de doubler les volumes ;
- une acquisition devient possible ;
- un marché international s’ouvre plus vite que prévu ;
- une technologie rebat brutalement les cartes de la concurrence.
L’événement est positif en apparence. Mais il exige de décider vite, de déplacer des ressources, de mobiliser de nouvelles compétences — tout en protégeant ce qui fonctionne déjà.
L’opportunité agit alors comme un test de résistance positif. Et les mêmes fragilités apparaissent : décisions concentrées, compétences indisponibles, dépendances humaines, interfaces fragiles, marges absentes, dirigeant saturé.
C’est en ce sens qu’Orvelan maintient l’idée de l’article de fond :
La résilience ne sert pas seulement à limiter ce que l’entreprise peut perdre. Elle élargit aussi l’espace dans lequel elle peut choisir d’agir.
Une entreprise qui dispose de marge organisationnelle peut dire oui à une opportunité sans mettre en danger ce qu’elle a déjà construit.
8. De la théorie au cadre d’analyse Orvelan
La littérature ne propose pas aujourd’hui d’échelle unique et incontestable pour mesurer la résilience organisationnelle. Hillmann & Guenther analysent quatorze échelles existantes et soulignent leurs limites de validité et de construction.
Orvelan ne présente donc pas son cadre comme une échelle académique validée. C’est un cadre opérationnel d’analyse, construit à partir de la littérature, de l’observation des organisations et des problématiques propres aux PME et ETI.
Dans sa version de travail actuelle, Orvelan examine six dimensions. Chacune pose une question simple, et s’appuie sur des travaux identifiés.

Le cadre Orvelan de résilience organisationnelle examine six dimensions : la continuité décisionnelle, les dépendances humaines critiques, les fonctions vitales et savoirs implicites, la capacité d’absorption et de réallocation, la robustesse des interfaces et la marge de manœuvre du dirigeant.
Ces dimensions ne démontrent pas scientifiquement la résilience. Elles traduisent, de manière provisoire, la question qui intéresse Orvelan :
où une organisation risque-t-elle de perdre sa capacité d’action lorsque ses conditions de fonctionnement changent ?
Le nombre, le périmètre et la formulation de ces dimensions pourront évoluer. Le cadre conceptuel, lui, ne dépend pas de l’outil : il peut rester valable même si le diagnostic change.
9. Résilience et marge de manœuvre du dirigeant
Dans une PME/ETI, la résilience de l’organisation et la position du dirigeant sont difficiles à séparer. Le dirigeant est souvent, à la fois, celui qui décide, qui détient les informations critiques, qui arbitre entre les fonctions, qui porte les relations externes et qui répond de la trajectoire.
Cette centralité est une force. Elle devient une vulnérabilité lorsque l’organisation ne fonctionne plus sans son intervention permanente.
Elle a aussi un coût humain. Selon l’étude Vaincre les solitudes du dirigeant de Bpifrance Le Lab (2016), un dirigeant de PME et d’ETI sur quatre seulement se dit entouré ; 45 % se sentent isolés. Dix ans plus tard, ce sentiment s’est intensifié : 49 % de dirigeants isolés, dont 18 % très isolés, contre 11 % en 2016 (Bpifrance Le Lab, 2026).
Torrès, Benzari, Swalhi & Thurik (2021) ont étudié le risque de burnout des dirigeants-propriétaires de PME pendant la crise sanitaire. Ils observent une transformation de sa structure : pendant le confinement, les sentiments d’impuissance et d’être coincé passent au premier plan. Les auteurs proposent la notion d’épuisement d’empêchement — celui du dirigeant qui ne s’épuise pas à trop agir, mais à ne pas pouvoir agir.
Cette recherche porte sur un empêchement externe : la pandémie, le confinement.
Orvelan formule une hypothèse distincte. Un mécanisme comparable pourrait apparaître lorsque l’empêchement devient organisationnel. Le dirigeant voit ce qu’il faudrait faire. Mais son organisation ne dispose plus des compétences, des marges, des relais ou de la capacité d’absorption nécessaires pour agir sans mettre le reste en tension.
Il voit. Mais il ne peut pas agir.
Nous ne présentons pas cette relation comme démontrée par ces travaux. C’est une hypothèse de praticien, issue de leur mise en perspective avec les situations observées dans les PME. Elle mériterait d’être testée.
Elle souligne néanmoins l’importance d’une dimension souvent négligée : la marge de manœuvre du dirigeant est à la fois une ressource pour la résilience de l’entreprise et l’un de ses résultats possibles.
Une organisation qui distribue mieux ses décisions, sécurise ses dépendances et développe des capacités autonomes réduit la position de « seul garant » de son dirigeant. Elle lui rend du temps, du recul, une capacité d’arbitrage. Elle lui permet de piloter depuis un endroit de clarté plutôt que de survie.
10. Un modèle dynamique : voir, préparer, absorber, apprendre
La lecture proposée par Orvelan ne décrit pas un état, mais une boucle. Elle prolonge les trois étapes de Duchek — qui décrit déjà un retour de l’apprentissage vers l’anticipation — en y ajoutant, en amont, un temps d’observation tourné vers l’intérieur de l’organisation.

Le modèle Orvelan décrit la résilience organisationnelle comme une boucle dynamique : voir l’organisation telle qu’elle fonctionne réellement, préparer les capacités nécessaires, absorber et reconfigurer lorsque les conditions changent, puis réintégrer les enseignements dans la lecture de l’organisation.
10.1 Voir
L’organisation acquiert d’abord une compréhension fidèle de son propre fonctionnement. Où sont les dépendances ? Où manque-t-il de la marge ? Qui compense en silence ? Quelles décisions sont trop concentrées ? Quels savoirs, quelles relations seraient difficiles à remplacer ? C’est le rôle de la lisibilité.
10.2 Préparer
L’entreprise décide ensuite quelles fragilités traiter et quelles dépendances accepter. Elle développe son potentiel de résilience : distribuer certaines décisions, transmettre les savoirs critiques, créer des alternatives aux dépendances majeures, développer les compétences, clarifier les interfaces, recréer des marges. Cette étape rejoint l’anticipation décrite par Duchek et par la resilience engineering.
10.3 Absorber et reconfigurer
Quand les conditions changent réellement, les capacités construites sont mobilisées. L’organisation ne cherche pas à fonctionner à l’identique. Elle protège l’essentiel et modifie ce qui doit l’être. C’est ici que la résilience devient visible.
10.4 Apprendre
Chaque perturbation, adaptation ou accélération renseigne sur l’organisation. Certaines fragilités apparaissent. Certaines capacités se révèlent plus solides que prévu. Certaines pratiques deviennent obsolètes. Ces enseignements doivent être réintégrés dans la compréhension que l’organisation a d’elle-même.
La boucle revient alors à son point de départ : voir à nouveau.
Voir → Préparer → Absorber et reconfigurer → Apprendre → Voir à nouveau.
11. Implications pour les PME et ETI
Travailler la résilience hors crise. Une organisation peut renforcer son potentiel de résilience alors même qu’aucune perturbation majeure n’est en cours. C’est même le moment où elle en a le plus la liberté.
Distinguer les dépendances plutôt que les supprimer. Supprimer toutes les dépendances serait irréaliste, et probablement contre-productif. L’enjeu est de repérer celles qui pourraient retirer brutalement à l’entreprise sa capacité d’action.
Accepter que l’efficacité et la résilience ne soient pas toujours alignées. Une organisation très optimisée pour son fonctionnement habituel peut, progressivement, supprimer les redondances, les temps disponibles, les alternatives et les capacités inutilisées qui lui permettraient de s’adapter. Duchek rappelle que la question n’est pas d’éliminer la redondance, mais de savoir à partir de quand son coût l’emporte sur ses bénéfices.
Regarder au-delà des processus. La résilience dépend aussi de la circulation du savoir, des compétences, des relations, des interfaces — et de la capacité des personnes à décider au bon niveau.
Penser la résilience comme une capacité stratégique, pas seulement comme une protection. Quand les circonstances changent, une organisation qui dispose de marge conserve des options.
12. Conclusion
La recherche sur la résilience organisationnelle a beaucoup progressé. Elle a dépassé la seule idée de retour à l’état antérieur pour s’intéresser à l’anticipation, aux capacités organisationnelles, à l’adaptation et à l’apprentissage. Elle reste pourtant un champ en construction, marqué par une pluralité de définitions et par des difficultés persistantes de mesure.
Orvelan ne cherche pas à proposer une nouvelle définition académique universelle. Notre objectif est plus simple : traduire ces travaux en une question directement utile aux dirigeants de PME et ETI.
L’organisation conservera-t-elle assez de liberté d’action lorsque les conditions changeront ?
Cette liberté d’action ne naît pas au moment du choc. Elle se construit. Elle peut se nourrir des crises passées, mais aussi de l’anticipation. Et l’anticipation suppose d’abord de voir l’organisation telle qu’elle fonctionne réellement.
C’est pourquoi, dans l’approche Orvelan, la lisibilité précède la résilience. Voir les dépendances. Comprendre les fragilités. Repérer les marges disparues. Puis décider lesquelles sécuriser.
La résilience devient alors moins une promesse de résistance qu’une capacité entretenue dans le temps : celle de continuer à choisir quand les circonstances ne permettent plus de fonctionner comme d’habitude.
Et lorsque l’inattendu prend la forme non d’une crise mais d’une opportunité, c’est aussi ce qui évite d’avoir à choisir entre ce que l’entreprise pourrait devenir et ce qu’elle a déjà construit.
Bibliographie
Bpifrance Le Lab (2016). Vaincre les solitudes du dirigeant. Bpifrance.
Bpifrance Le Lab (2026). Le nouveau visage de la solitude des dirigeants de PME : entre incertitudes et quête de sens. Bpifrance.
Duchek, S. (2020). Organizational resilience: a capability-based conceptualization. Business Research, 13(1), 215–246. https://doi.org/10.1007/s40685-019-0085-7
Hillmann, J., & Guenther, E. (2021). Organizational resilience: A valuable construct for management research? International Journal of Management Reviews, 23(1), 7–44. https://doi.org/10.1111/ijmr.12239
Hollnagel, E., Pariès, J., Woods, D. D., & Wreathall, J. (Eds.). (2011). Resilience Engineering in Practice: A Guidebook. Ashgate.
Lengnick-Hall, C. A., Beck, T. E., & Lengnick-Hall, M. L. (2011). Developing a capacity for organizational resilience through strategic human resource management. Human Resource Management Review, 21(3), 243–255. https://doi.org/10.1016/j.hrmr.2010.07.001
Somers, S. (2009). Measuring resilience potential: An adaptive strategy for organizational crisis planning. Journal of Contingencies and Crisis Management, 17(1), 12–23.
Torrès, O., Benzari, A., Swalhi, A., & Thurik, R. (2021). Confinement et risque de burnout des dirigeants propriétaires de PME : le syndrome d’épuisement d’empêchement. Revue internationale P.M.E., 34(2), 62–80. https://doi.org/10.7202/1079188ar
Weick, K. E., & Sutcliffe, K. M. (2007). Managing the Unexpected: Resilient Performance in an Age of Uncertainty (2nd ed.). Jossey-Bass.
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David Martinez
Fondateur Orvelan
David Martinez est le fondateur d’Orvelan. Après 25 ans à observer et transformer des organisations de l’intérieur, dans des groupes internationaux, des environnements de forte croissance et de transformation, il accompagne aujourd’hui les dirigeants de PME et ETI à mieux comprendre leur organisation pour décider avec plus de clarté. Voir ce qui est solide. Décider juste. Aller loin.


